Acquisitions d’estampes coloriées à la main

Parallèlement aux dons et au dépôt légal, des acquisitions ont permis d’enrichir le fonds d’estampes de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Cette vitrine réunit quelques exemples d’acquisitions anciennes et récentes d’estampes du XVIIIe siècle coloriées à la main. Le Recueil de peintures antiques trouvées à Rome, publié en 1757 par le comte de Caylus, constitué de trente-trois gravures reproduisant des dessins tracés par Bartoli au XVIIe siècle, a été donné en 1762 à l’abbaye en contrepartie du règlement d’une somme importante pour leur coloriage ; l’ouvrage d’observations volcanologiques de William Hamilton, les Campi phlegraei (1776) a été rapporté de Rome en 1799 par Daunou (1761-1840), administrateur de la bibliothèque du Panthéon entre 1795 et 1804, à l’occasion des confiscations révolutionnaires prélevées dans la bibliothèque du pape Pie VI ; la suite d’estampes sur La Trappe, éditées après 1760 par Mondhare et coloriées au pochoir, a été acquise en 2009 auprès de la Librairie Paul Jammes.

Avant que n’apparaisse, à partir du XVIIIe siècle, l’impression en couleurs, les estampes étaient coloriées manuellement, souvent avec la technique du pochoir, fréquemment utilisée pour la gravure sur bois : un tirage imprimé en noir est recouvert de feuilles de papier rigides découpées suivant les motifs souhaités et la peinture, déposée avec une brosse, ne s’applique ainsi que sur les parties évidées. Pour des entreprises éditoriales plus précieuses (comme celles de Caylus et Hamilton), chaque estampe est peinte manuellement au pinceau et à la gouache, l’artiste disposant sous les yeux du dessin original dont il reproduit le plus fidèlement possible les coloris.

 

 

 

36- Pietro Sante BARTOLI, Anne Philippe de CAYLUS, Pierre-Jean MARIETTE, Recueil de peintures antiques trouvées à Rome, imitées fidèlement pour les couleurs et le trait d’après les dessins coloriés par Pietro Sante Bartoli, Paris, 1757.
Planche 22 : Ornamento nella volta del sepolcro superiore. Fresque d’une voûte du tombeau des Nasons.
FOL W 200 INV 318 RES

Dessinateur et graveur italien, Pietro Sante Bartoli (1635-1700), auteur de recueils de gravures diffusant ses relevés architecturaux de monuments antiques, a laissé des dessins aquarellés reproduisant des peintures antiques romaines, des fresques et l’ornementation d’édifices en partie ensevelis (tombeau des Nasons, Domus Aurea…). Ces dessins, conservés actuellement au Département des Estampes de la BnF, ont été redécouverts par le comte de Caylus (1692-1765), qui les a fait graver et publier dans ce recueil, tiré à trente exemplaires, dont les destinataires s’engageaient à faire peindre à leurs frais et sous le contrôle de Caylus chaque planche à la gouache, afin de reproduire scrupuleusement les dessins originaux. Un manuscrit conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève (Ms. 966) mentionne la somme de 300 livres que le bibliothécaire de l’abbaye, Barthélemy Mercier de Saint-Léger, régla à Mariette, le 16 octobre 1762, pour l’enluminure du recueil.

 

 

 

Édition de 1776 numérisée.

37- William HAMILTON, Campi phlegraei. Observations sur les volcans des deux Siciles..., Naples : Pietro Fabris, 1776.
Planche 4 : Vue de la grande éruption du Vésuve prise du mole de Naples le soir du 20 octobre 1767, gravure sur cuivre coloriée à la main.
FOL ZZ 276 (3) INV 458 RES

William Hamilton (1730-1803), ambassadeur de Grande-Bretagne à la cour de Naples de 1764 à 1800, est passionné par l’archéologie antique et la volcanologie. Collectionneur de vases grecs et romains, il publie des ouvrages sur Pompéi et sur les Antiquités étrusques, grecques et romaines. S’intéressant parallèlement aux phénomènes géologiques, il étudie l’activité volcanique du Vésuve et les tremblements de terre, et consigne le fruit de ses observations dans cet ouvrage sur les Champs Phlégréens (région volcanique située à l’ouest de Naples). Illustré de cinquante-quatre belles planches gravées sur cuivre entièrement coloriées à la gouache par le peintre anglo-napolitain Pietro Romanis et dédié au pape Pie VI, dont les armes figurent sur la reliure, cet ouvrage fait partie des saisies effectuées par Daunou, administrateur de la bibliothèque du Panthéon, dans les collections pontificales.

 

 

 

38- Louis-Joseph MONDHARE, La Trappe, après 1760. Suite de 19 planches gravées au burin et coloriées au pochoir.
EST 197 RES

Cette série de dix-neuf estampes, gravées au burin et coloriées au pochoir, illustre la vie des trappistes, leurs activités manuelles et leurs cérémonies. Elle a été éditée par Louis-Joseph Mondhare, graveur et marchand d’estampes, connu pour sa production d’images populaires gravées sur cuivre à Paris dans les années 1760-1780. Acquise en 2009, cette suite constitue l’originale d’une copie déjà conservée à la bibliothèque Sainte-Geneviève, imprimée en miroir et non coloriée, éditée à Paris, chez André Basset. Abbé du monastère cistercien de Notre-Dame de la Trappe, Rancé (1626-1700) réforme rigoureusement l’abbaye, instaurant une observance stricte et sévère de la règle, veillant à l’austérité de la table, au silence, à la pénitence et privilégiant la prière et le travail manuel et agricole sur les activités intellectuelles.

 

 

 

Préc. Suivant