Le fonds Jacques Callot de la collection Gaillard de Longjumeau
Le magistrat aixois Pierre Joseph Laurent de Gaillard, baron de Longjumeau (1709-1766), conseiller à la Cour des comptes de Provence, érudit, amateur d’art et collectionneur, dessinateur et graveur, lègue en 1766 à l’abbaye Sainte-Geneviève sa collection de 1 463 estampes du graveur lorrain Jacques Callot (1592-1635). Cette collection rassemble l’œuvre presque exhaustive de Callot et présente un certain nombre de doubles ou d’états différents.
Jacques Callot, qui témoigne très jeune d’un goût prononcé pour le dessin, passe une douzaine d’années en Italie pour satisfaire sa passion pour les arts ; il s’initie à Rome avec Philippe Thomassin à la gravure au burin et à Florence auprès d’Antonio Tempesta à l’eau-forte, technique dont il devient le maître incontesté et à laquelle il apporte quelques innovations. Il revient s’installer au début des années 1620 en Lorraine qu’il ne quitte plus que pour de brefs voyages ; il effectue notamment un séjour aux Pays-Bas en 1625 et un à Paris en 1629, au cours duquel il dessine ses deux Grandes Vues de Paris. Son style se caractérise par la netteté du trait, la précision des détails et un foisonnement de petits personnages ; son œuvre pleine de verve et de fantaisie comporte de nombreux dessins et environ 1 500 gravures, dont les célèbres suites des Caprices (1617), des Gueux (1622) et des Grandes Misères de la guerre (1633), qui évoque les ravages de la Guerre de Trente Ans.


29- Jacques CALLOT, série Les deux Grandes Vues de Paris, 2 estampes :
FOL W 207 INV 327
- Vue du Louvre, vers 1630, eau-forte. (P. 222)
- Vue du Pont Neuf, de la Tour et de l’ancienne Porte de Nesle, vers 1630, eau-forte. (P. 223)
Lors de son séjour à Paris en 1629, alors qu’il loge au Petit-Bourbon, chez son éditeur, ami et compatriote Israël Henriet, près du Louvre et face à la tour de Nesle, Callot dessine ses deux Grandes Vues de Paris, qu’il grave à l’eau-forte vers 1630 à son retour à Nancy. Ces deux estampes, traitées sous des angles de vue opposés, représentent l’une le Louvre, l’autre la tour de Nesle et le Pont Neuf. À la fois très pittoresques et d’une grande rigueur topographique, ces vues se distinguent par leur composition élaborée et la vivacité des scènes du premier plan. Callot restitue le grouillement intense de la vie parisienne sur la Seine, avec les joutes nautiques qui avaient lieu le 25 août de chaque année, ainsi qu’une multitude de figures minuscules : des chevaux qu’on abreuve dans les eaux boueuses de la Seine, des embarcations amarrées, des lavandières, des charrettes, des marchands de bois… Sur chacune de ces vues, se dresse la tour de Nesle, élément du système défensif de Philippe Auguste, édifiée face au Louvre, et démolie en 1665 pour permettre la construction du Collège des Quatre Nations. Callot la représente en ruines, mais encore occupée, une fumée s’élevant de la cheminée.

30- Claude Gellée dit LE LORRAIN, Port de mer à la grosse tour, vers 1641, eau-forte.
FOL W 207 INV 327 (P. 221)
Callot influence quelques grands artistes tels qu’Abraham Bosse, Rembrandt, Van Dyck ou encore son compatriote Claude Gellée, dit Le Lorrain (1600-1682), avec lequel il est en contact. Gaillard de Longjumeau a adjoint dans son recueil, en regard des deux Grandes Vues de Paris de Callot, ce Port de mer à la grosse tour sans doute pour mettre en évidence l’influence du grand maître de l’eau-forte sur Claude Lorrain, célèbre pour ses scènes portuaires baignées d’une lumière féerique.