La gravure imprimée en couleurs
Les estampes sont coloriées manuellement, souvent avec la technique du pochoir, avant que n’apparaisse, au milieu du XVIIIe siècle, l’impression mécanique en couleurs : Jacques-Fabien Gautier-Dagoty (1716-1785) produit des estampes en couleurs gravées sur cuivre à partir de quatre plaques, en utilisant la découverte de Newton sur la décomposition des couleurs, qui permet de les obtenir toutes par superposition à partir des quatre primaires (bleu, jaune, rouge et noir). Pour la xylographie comme pour la chalcographie et la chromolithographie, autant de planches (ou de pierres) sont utilisées que de couleurs ; chacune ne porte qu’une couleur, ce qui implique un passage sous la presse de la même feuille pour chaque couleur, ainsi qu’un délicat système de repérage pour que les teintes s’appliquent exactement au bon endroit sur les motifs souhaités : l’imprimeur positionne sur la plaque encrée la feuille de papier à l’aide d’une pointe d’épingle piquée dans les trous de repérage percés en haut et en bas du dessin gravé.
Une autre méthode pour imprimer en couleurs consiste à appliquer les différentes teintes directement sur la matrice et à tirer les épreuves à partir de cette planche en une seule opération. Les couleurs sont posées « à la poupée », petit tampon de tissu enroulé très fortement sur lui-même et se terminant en pointe, qui a donné son nom à cette technique (utilisée surtout pour la taille-douce). Après le tirage, la plaque est nettoyée puis à nouveau encrée, l’imprimeur renouvelant ces opérations autant de fois que d’épreuves souhaitées.
La mise au point de la photogravure en couleurs à la fin XIXe siècle, avec l’utilisation de techniques photographiques, entraîne le déclin de l’estampe documentaire, mais l’estampe artistique en couleurs perdure.

14- Attribué à Aubin-Louis MILLIN, La Mythologie mise à la portée de tout le monde, ornée de cent figures en couleurs, ou en noir, dessinées et gravées par d’habiles artistes de Paris, Paris : Déterville, an VII [1798-1799].
T. 1, p. 37 : Jupiter, aquatinte en couleurs.
8 Z 7371 INV 10787-10798
Cet ouvrage didactique présentant les dieux et les déesses, les héros et les légendes de la mythologie gréco-romaine et d’autres civilisations antiques (égyptienne, perse, celte…) est attribué à Aubin-Louis Millin (1759-1818), naturaliste et archéologue, conservateur du Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale, auteur de nombreuses publications sur les antiquités classiques. Publié en douze volumes sous la Révolution, il est illustré de cent figures gravées à l’aquatinte par Jean-Marie Mixelle, Carrée et Alix ; dans cet exemplaire, chaque estampe figure en vis-à-vis en double état, en noir et en couleurs.

15- William COMBE (1742-1823), The history of the Abbey Church of St Peter’s, Westminster, its antiquities and monuments, Londres : Rudolph Ackermann, 1812.
T. 2, planche face à la page B : Vue extérieure Nord-Est de l’abbaye de Westminster, aquatinte en couleurs.
FOL Z 679 INV 641 RES
Ce superbe livre illustré sur l’abbaye de Westminster, publié en 1812 par l’écrivain anglais William Combe (1742-1823), s’inscrit dans le mouvement de redécouverte de l’art et de l’histoire du Moyen Âge (le « Gothic revival »), remis au goût du jour notamment par les romans de Walter Scott. Il comporte quatre-vingt-une planches en couleurs gravées sur cuivre à l’aquatinte d’après les dessins d’Augustus Charles Pugin (1762-1832) et Frederick Mackenzie (1787?-1854) figurant des vues intérieures et extérieures de l’abbaye, des détails d’architecture, des vitraux, des mosaïques de pavement, des tombeaux, des chapelles…

16- Imitation de Jésus-Christ, Paris : Léon Curmer, 1856.
Frontispice et page de titre, chromolithographies.
4 Z 2186 INV 2273 RES
En éditant cette Imitation de Jésus-Christ, traité de spiritualité attribué au chanoine flamand Thomas a Kempis (vers 1380-1471) lié au courant spirituel de la devotio moderna, Léon Curmer (1801-1870) l’illustre de chromolithographies imprimées dans les ateliers de Lemercier, constituées d’ornements empruntés aux enluminures de divers manuscrits, comme il le fait avec ses Evangiles des dimanches et fêtes de l’année (1864). Il utilise également la chromolithographie pour publier l’Œuvre de Jehan Foucquet (1866) et reproduire en fac-similé des manuscrits à peintures, notamment les Heures de la reine Anne de Bretagne (1861) et le Livre d’Heures de maistre Estienne Chevalier (1865).

17- Histoire des quatre fils Aymon, très nobles et très vaillans chevaliers. Illustrée de compositions en couleurs par Eugène GRASSET, Paris : H. Launette, 1883.
Page 134, gibet, photogravure en quadrichromie imprimée par Charles GILLOT
4 Z 2221 INV 2312 FA
Cette édition d’un roman médiéval est remarquable par ses innovations techniques et stylistiques, la modernité de son graphisme et une mise en page audacieuse, où les 229 illustrations d’Eugène Grasset (1841-1917) sont étroitement imbriquées avec le texte. Il s’agit du premier livre français illustré de reproductions en couleurs obtenues par des procédés photomécaniques : la photogravure en quadrichromie. Partant de la technique mise au point par son père, Firmin Gillot (1819-1872), le « cliché-trait » ou gillotage, permettant de reproduire en noir des dessins à partir d’un cliché transposé en relief sur une plaque de métal, Charles Gillot (1853-1903) a développé la chromotypographie, procédé de reproduction en couleurs des images à partir de clichés en relief tramés, utilisant une plaque par couleur.