La gravure sur bois de bout

La gravure sur bois connaît un nouvel essor au XIXe siècle avec la technique du bois de bout (ou bois debout) : la planche de bois dur (provenant en général de buis ou d’arbres fruitiers) est coupée perpendiculairement au sens des fibres du bois; sa texture plus homogène et plus résistante, gravée à l’aide d’un burin et non plus d’un canif ou d’une gouge, permet de créer des images aux tracés fins et détaillés, avec des dégradés plus subtils. Cette technique inventée par l’Anglais Thomas Bewick à la fin du XVIIIe siècle est abondamment utilisée au XIXe dans l’illustration du livre et dans la presse (Le Magasin pittoresque, L’Illustration, Le Tour du Monde, Le Petit Journal). Elle permet des tirages très importants, les blocs de bois gravés étant plus faciles à encrer et plus résistants que les plaques de cuivre qui se détériorent rapidement sous la presse. Vignettes, frontispices, pages de titres, initiales ornées rivalisent d’imagination dans les livres de l’époque romantique car ce procédé présente l’avantage d’accompagner le texte typographique, ce que ne permettent ni la chalcographie, ni la lithographie. De nombreux artistes, comme Grandville, Tony Johannot, Gustave Doré ou les illustrateurs des romans de Jules Verne édités par Hetzel, utilisent cette technique. Grâce à elle, la gravure sur bois, qui avait été supplantée par la taille-douce aux XVIIe et XVIIIe siècles, revient en force à partir des années 1830 avant de subir au XXe siècle la concurrence de la photogravure.

 

 

 

Édition de 1838 numérisée.

11- Jonathan SWIFT, Voyages de Gulliver dans des contrées lointaines... Traduction nouvelle illustrée par GRANDVILLE, Paris : H. Fournier, Furne et Cie, 1845.
DELTA 60226 RES

12- Voyage à Lilliput : bois gravé réalisé d’après un dessin de Jean-Jacques Grandville et illustration. p. 37.
Matrice.
Inv. 1943, n° 171

Cette matrice en bois de bout, recouverte de blanc de céruse sur lequel l’artiste a effectué directement son dessin, a été gravée par Jean-Jacques Grandville (1803-1847) pour l’édition des Voyages de Gulliver parue chez Fournier et Furne, pour laquelle il réalise 340 vignettes gravées sur bois et imprimées dans le texte. En choisissant cet ouvrage satirique, Grandville a pu donner libre cours à son talent de caricaturiste : saisissant les disproportions et les variations de stature de Gulliver, géant parmi les habitants minuscules de Lilliput, puis nain sur l’île des géants, il met ainsi en évidence l’inversion des situations et la relativité des choses. Le graveur traduit ainsi avec une grande maîtrise graphique les allégories des aventures insulaires de Gulliver.

 

 

 

13- Charles DAVILLIER, L’Espagne, illustrée de 309 gravures dessinées sur bois par Gustave Doré, Paris : Hachette, 1874.
P. 64-65 : gravures sur bois de bout.
FOL Z 712 INV 674 RES

Les 309 gravures sur bois qui illustrent ce récit de voyage en Espagne du baron Charles Davillier (1823-1883) ont été réalisées d’après des dessins de Gustave Doré, qui ne les gravait pas lui-même et les confiait à ses collaborateurs graveurs. Spécialiste de l’art espagnol, érudit et collectionneur d’arts décoratifs (céramiques, bronzes, marbres, orfèvrerie, bijoux, émaux, monnaies, cuirs, tapisseries…), Davillier entreprend en 1861-1862 un voyage en Espagne en compagnie de Gustave Doré, dont il a apprécié la série sur la Tauromachie éditée en 1860 à la suite d’un séjour dans les Pyrénées. L’artiste exécute alors de nouveaux dessins de taureaux dans les arènes et figure également une multitude de sujets : monuments, sites, paysages, types sociaux… pour évoquer avec pittoresque et couleur locale l’Espagne du XIXe siècle.

 

 

 

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