La gravure sur bois de fil

La taille d’épargne sur bois (ou xylographie) est la plus ancienne méthode de gravure : le matériau utilisé comme matrice est un bloc de bois, taillé de façon à présenter une surface plane qui est gravée, et l’encrage est effectué sur les surfaces épargnées, c’est-à-dire restées en relief. L’image est dessinée sur la planche (à la mine de plomb, au pinceau…), puis le graveur creuse de chaque côté du tracé à l’aide de canifs, de pointes, de gouges et de ciseaux, en « réservant » ou « épargnant » les contours de l’image à imprimer : le dessin à reproduire apparaît ainsi en relief sur la planche (alors que toutes les parties destinées à apparaître en blanc sont creusées). Le travail du graveur peut être gêné par les fibres de la planche, le « bois de fil » étant taillé parallèlement aux fibres, dans la longueur des branches ou du tronc (avant qu’apparaisse, à partir de la fin du XVIIIe siècle, la technique du « bois de bout » coupé transversalement). Toute la surface de la planche est imbibée d’une encre grasse, qui reste donc à la surface du bois, et ne pénètre pas dans les creux. L’impression se fait ensuite au moyen de la presse utilisée pour la typographie ; le dessin se reporte ainsi sur la feuille. Au XVIIe siècle, la gravure sur bois, supplantée par la gravure sur cuivre qui permet d’obtenir une image plus précise, est maintenue seulement pour des éléments de décor secondaire imprimés avec le texte (bandeaux, culs-de-lampe, fleurons, marque du libraire). Elle connaîtra un nouvel essor au XIXe siècle avec la technique du bois de bout.

 

 

 

1- Le Christ et la Vierge de part et d’autre de la Croix, vers 1500. Xylographie coloriée collée dans le couvercle d’un coffret de pèlerinage.
Inv. 1943, n° 186.

Ce coffret de pèlerinage comporte une image pieuse contrecollée au revers du couvercle, permettant au voyageur de s’en servir comme d’un retable portatif pour dire ses prières. Cette xylographie coloriée au pochoir et accompagnée d’un texte en français représente, séparés par la croix en forme de T, la Vierge à droite, les mains croisées, et le Christ à gauche, dans la scène de l’Ecce homo, les mains liées, nimbé et couronné d’épines, et revêtu du manteau de pourpre. Ce coffre de sûreté en bois, produit à la fin du Moyen Âge, recouvert d’un gainage de cuir, renforcé de bandes de fer, fermé par une serrure, muni d’attaches latérales métalliques pour le passage des courroies de transport, était aussi un coffret de messager, en raison de l’existence, sur le couvercle, d’une petite logette destinée à dissimuler un document précieux ou confidentiel.

 

 

 

2- Francesco COLONNA, Hypnerotomachia Poliphili, Venise : Alde Manuce, 1499.
F. k7v°-k8r°, « Triumphus secundus », gravure sur bois.
OEA 12 INV 18 RES

Le Songe de Poliphile, œuvre anonyme attribuée à Francesco Colonna (1433?-1527), rédigée en 1467 et imprimée à Venise par Alde Manuce en décembre 1499, est l’un des chefs d’œuvre de la Renaissance, remarquable par sa maîtrise technique, ses illustrations et la clarté de sa typographie. La mise en page novatrice de cet incunable met en valeur ses 172 gravures sur bois, soigneusement intégrées dans le texte pour illustrer les merveilles décrites dans l’histoire : le héros humaniste, Poliphile, rêve que sa bien-aimée, Polia, l’accompagne dans un voyage initiatique, semé d’énigmes, à travers des paysages, des palais et des jardins ; les illustrations, qui eurent une grande influence sur l’architecture et l’art des jardins, sont souvent inspirées de l’Antiquité, tel ce cortège triomphal à l’antique.

 

 

 

3- Athanasius KIRCHER, Œdipus ægyptiacus, Rome : Vitale Mascardi, 1652-1654.
T. 1, 1652, p. 210 : vases canopes, gravure sur bois.
FOL ZZ 76 INV 107 RES

Le jésuite allemand Athanasius Kircher (1602-1680), professeur de mathématiques au Collège romain et savant à l’esprit encyclopédique, entreprend des recherches dans de très nombreux domaines. Dans cette grande somme sur l’égyptologie, publiée en quatre volumes ornés d’une abondante illustration gravée sur bois dans le texte, il présente de manière érudite les différents aspects de l’Égypte ancienne : histoire, géographie, sciences, religion, art et architecture, gouvernement, écriture… avec un essai de déchiffrement des hiéroglyphes, qu’il met en parallèle avec les idéogrammes chinois et aztèques.

 

 

 

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