La collection québécoise de la bibliothèque Sainte-Geneviève : de la Nouvelle-France à nos jours

 

Carte geographique de la Nouvelle Franse
faictte par le sieur de Champlain
EST 190 RES (P.3)

Les collections héritées de l’abbaye Sainte-Geneviève contiennent de nombreux documents et objets liés à la découverte de l’Amérique du Nord et du vaste territoire alors baptisé Nouvelle-France qui dépassait largement les frontières de la province actuelle du Québec.
Trois siècles plus tard, des dons réguliers, principalement celui de l’Union culturelle française via la Délégation générale du Québec, mais aussi une politique active d’acquisition, font de cet ensemble le plus riche en France, immédiatement après celui de la représentation québécoise elle-même, la Bibliothèque Gaston-Miron.

 

 

Les Génovéfains et la Nouvelle-France

Louis Armand DE LOM D’ARCE, baron de La Hontan,
Nouveaux voyages dans l’Amérique septentrionale,
qui contiennent une relation des différens peuples
qui y habitent
, La Haye : Chez les frères Lhonoré,
marchands libraires
, 1709. 8 G 326 (7) INV 3133 RES

Les plus anciens documents conservés reflètent les diverses approches et perceptions auxquelles a donné lieu, en son temps, la découverte du Canada et plus particulièrement du territoire québécois. Approches exploratoire et missionnaire, mais aussi perception « ethnologique » attestée par la présence d’objets du Cabinet de curiosités que possède dès le XVIIe siècle l’abbaye Sainte-Geneviève. Les relations des voyages de Samuel de Champlain, depuis sa première expédition de 1603 et la rencontre avec les Montagnais à Tadoussac jusqu’au dernier voyage de 1635 et la fondation de Trois-Rivières, contiennent de nombreuses cartes de la Nouvelle-France et des descriptions de la vie des Autochtones et de celle des colons. À côté des explorateurs, transparaît le rôle joué par les ordres religieux. Les jésuites, soucieux de convertir les tribus amérindiennes, traduisent le catéchisme dans les langues locales. Quant aux membres de la Société Notre-Dame de Montréal, ils sont à l’origine de la fondation de Ville-Marie (Montréal) en 1642, avant que leur organisation ne soit dissoute et que la seigneurie ne passe aux mains de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Les collections s’accroissent encore au XVIIIe siècle avec le récit de l’expédition du baron de La Hontan vers la région des Grands Lacs, riche de détails ethnographiques tels que la chasse aux castors ou l’utilisation des raquettes. Quelques années plus tard, le jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix, parcourant l’Amérique jusqu’à la Nouvelle-Orléans, propose dans un de ses volumes une flore détaillée. Ces documents imprimés sont accompagnés d’un manuscrit de 1771, œuvre du botaniste et membre de l’Académie des sciences Auguste-Denis Fougeroux de Bondaroy, décrivant avec une grande précision la pêche à la morue dans les eaux de Terre-Neuve.

 

 

L’Union culturelle française et la Délégation générale du Québec

Courrier du ministre des Affaires culturelles
François Cloutier annonçant l’envoi d’un bloc
de 500 ouvrages à Mlle Boy directrice de la
bibliothèque Sainte-Geneviève. Non coté

En 1954, le journaliste québécois Jean-Marc Léger (1927-2011), figure centrale de la francophonie naissante, pose les premiers jalons de l’Union culturelle française, association non gouvernementale dont le but est de promouvoir et développer le rayonnement français en encourageant les relations entre groupes de langue française dans le monde. Très vite se fait jour l’idée d’une bibliothèque internationale. Sainte-Geneviève est choisie comme lieu d’accueil de cette collection en vertu d’un accord validé par le conseil de l’université de Paris le 13 juin 1960. L’inauguration a lieu le 11 mars 1961. La Délégation générale du Québec, représentation de la province en France née quelques mois plus tard, devient le partenaire privilégié de l’association, effectuant plusieurs dons d’ouvrages en 1971, 1976 et 1977. Les documents d’archives permettent de suivre les étapes du premier versement de près de 500 titres, dans un large éventail de disciplines. Les titres montrés ici sont présents à très peu d’exemplaires dans le réseau universitaire, voire constituent des unica. Ils illustrent la vitalité du Québec au tournant de la Révolution tranquille : production littéraire et artistique, débats politiques mais aussi Exposition universelle de 1967.

 

 

Autres dons

Portraits de A. Rousseaux, J.-J. Luthi, A. Salon

À côté de plus d’un millier d’ouvrages reçus de l’Union culturelle française, devenue en 1969 Union culturelle française et technique de langue française avant sa dissolution à la fin des années 1980, d’autres dons ont continué à enrichir le fonds québécois. Certains documents proviennent ainsi de la bibliothèque du critique littéraire André Rousseaux (1896-1973), tel l’ouvrage consacré au poète Hector de Saint-Denys Garneau par le franciscain Romain Légaré.
D’autres sont issus de riches ensembles francophones. C’est le cas de périodiques du don Jean-Jacques Luthi (1929-2015), partenaire essentiel de l’Union culturelle française pour les publications francophones égyptiennes, mais aussi de celui d’Albert Salon. Ce diplomate, ancien conseiller scientifique et de coopération à Québec et cofondateur en 1992 de l’association Avenir de la langue française, a offert par deux fois, en 2010 et 2019, des documents provenant de sa collection personnelle. Les numéros de Présence Francophone et de France-Québec évoquent le rôle majeur de Jean-Marc Léger à la fois dans la naissance des instances francophones mais aussi dans les relations transatlantiques. Plus récemment, un ouvrage offrant un panorama de la peinture au Québec depuis les années 1960 a été obtenu auprès de la bibliothèque de l’Assemblée nationale.

 

 

Le Québec à travers les revues

Fiche Kardex, entrée Liberté,
Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1970.

La bibliothèque Sainte-Geneviève offre à ses lecteurs une trentaine de titres de périodiques en lien avec le Québec. L’exemple de Liberté, revue littéraire et politique fondée en 1959, montre comment la complémentarité entre un don initial de l’Union culturelle française et une acquisition onéreuse permet à la bibliothèque de posséder l’une des deux collections les plus complètes du réseau universitaire français.
Autre périodique littéraire, Lettres québécoises, né en 1976, n’est en revanche entré dans les collections que par achat, depuis 2004, mais constitue un outil de veille précieux pour les acquisitions en littérature et dans une moindre mesure en sciences humaines. L’un des derniers numéros permet de découvrir la poète Roxanne Lajoie qui a visité la bibliothèque en juin dernier avec ses étudiants du Collège Lionel-Groulx. Dernier exemple constituant un unicum dans le réseau universitaire, Mens : revue d’histoire intellectuelle et culturelle, titre créé en 2000 à Montréal puis repris par l’Université d’Ottawa en version papier et depuis 2022 en ligne.

 

 

Une politique d’acquisition active, reflet de la vie intellectuelle et sociale

Maryse POIRIER, Les bêtes vivront
désormais plus longtemps que nous :
poésie
, Montréal : Hashtag, 2021.
8 U SUP 54920

Afin de continuer à faire vivre son fonds québécois, né pour bonne part de dons riches et variés, la bibliothèque Sainte-Geneviève fait montre d’une politique documentaire dynamique et ambitieuse via des achats dans un large éventail de disciplines en littérature, arts, sciences humaines et sociales mais également en histoire des sciences, politique…
Soucieuse d’acquérir non seulement les titres des grands éditeurs, elle est aussi attentive à la production des maisons indépendantes, de diffusion plus restreinte, tant dans le domaine littéraire que pour les questions économiques et environnementales. Elle est ainsi la seule à posséder certains titres de l’éditeur écosociété dont les thèmes renvoient directement aux débats contemporains sur l’écologie sociale, la décroissance, la démocratie participative…

 

 

 

 

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