Les collections de la bibliothèque Gaston-Miron

 

Bibliothèque Gaston-Miron à la Sorbonne Nouvelle

Fondée en 1964 par la Délégation générale du Québec à Paris, la Bibliothèque Gaston-Miron – Études québécoises célèbre cette année ses 60 ans. Avec plus de 21 000 ouvrages, il s’agit du fonds québécois le plus important à l’extérieur du Québec.
Littératures, arts, sciences sociales et histoire constituent l’essentiel de sa collection qui a reçu le label CollEx en 2018. Grâce à l’engagement constant du gouvernement du Québec, la collection continue de s’accroître chaque année et représente la diversité et le dynamisme de l’édition actuelle. Depuis 2012, la Bibliothèque Gaston-Miron est en dépôt à l’université Sorbonne Nouvelle, un pôle majeur d’études québécoises dont elle constitue l’un des trois organes, avec le Centre d’études québécoises et la Chaire croisée en Humanités. Le regroupement des livres, de l’enseignement et de la recherche favorise l’accès aux savoirs et la circulation des idées. La Bibliothèque Gaston-Miron se trouve au sein de la Bibliothèque Sorbonne Nouvelle sur le campus Nation, un lieu moderne qui répond aux besoins de ses usagers. Plus qu’un simple espace de conservation et de consultation, elle est un véritable carrefour de rencontres, de dialogues et de découvertes. Les activités culturelles et scientifiques reflètent les intérêts et les préoccupations à la fois de la communauté étudiante et du grand public. La littérature, l’écologie, les questions de genre, le féminisme et les cultures autochtones sont ainsi au cœur de sa programmation.

 

 

 

Ô paysages québécois !

Ô paysages québécois ! Sculpture sur bois, Viatour-Berthiaume, 2022
©Gaétan Berthiaume

Offerte par le duo de sculpteurs Viatour-Berthiaume, la sculpture Ô paysages québécois ! a été imaginée et conçue spécialement à l’occasion de l’emménagement de la Bibliothèque Gaston-Miron sur le campus Nation où elle est exposée de façon permanente. Transportée et installée par les artistes eux-mêmes, elle a été inaugurée en novembre 2022 lors du festival Focus Québec.
Dans le tronc d’un pommier centenaire, les sculpteurs ont vu des volutes qui, posées côte à côte, représentent les couvertures d’un livre ouvert. Entre ces pages ouvertes sculptées dans l’érable à sucre, ils ont imaginé un paysage québécois, celui qui inspire tant les écrivains du Québec.
À travers le paysage de Viatour-Berthiaume, on découvre celui de Gaston Miron dans son poème de jeunesse intitulé Ô Paysages, par lequel il rend hommage à ses Laurentides natales. Les sculpteurs ont découvert ce poème au hasard des pages de l’Album Miron dans lequel il est reproduit. Le poème est récité dans la vidéo de présentation de l’œuvre, disponible dans l’exposition numérique.

 

 

Historique : de la création à la rue du Bac

Photo de la Bibliothèque des Services culturels de la Délégation, au 117 rue du Bac
(entre 1979 et 1992). On y reconnaît Ursula Matlag. Non coté - Archives de la DGQP

Dès son ouverture en 1961, la Délégation générale du Québec à Paris met en place un Centre de documentation à l’usage de son personnel. On y trouve la presse quotidienne ainsi qu’une petite collection de livres québécois. Rapidement, journalistes, étudiants et chercheurs demandent à consulter ces précieuses ressources, difficilement accessibles à cette époque. En 1964, la Délégation ouvre son Centre de documentation au grand public et Georges-Émile Lapalme, alors ministre des Affaires culturelles, y affecte sa première bibliothécaire, Françoise Deslauriers. Le gouvernement libéral de Jean Lesage cherche à promouvoir et à valoriser ce lieu ouvert à tous, notamment par le biais d’une publicité parue dans la revue Rythme et couleurs.
Active sur le plan national et européen, la bibliothèque développe des relations avec de grandes institutions dans plusieurs pays auxquelles elle envoie des centaines d’ouvrages afin d’en assurer le dépôt légal.
De 1979 à 1992 la bibliothèque se trouve au 117, rue du Bac avec les Services culturels de la Délégation. Ce lieu est fréquenté par les plus grands auteurs et accueille de très nombreux événements et rencontres littéraires. Ursula Matlag, responsable de la bibliothèque de 1980 à 2003, écrit que ces années portent la marque de Gaston Miron. Celui-ci, très attaché à la bibliothèque, ne manque pas de la visiter lors de ses passages à Paris. Il en est aussi le mécène en lui offrant la quasi-totalité de la production de sa maison d’édition, l’Hexagone, contribuant ainsi à la richesse de sa collection de livres de poésie.

 

 

Historique : de la rue Pergolèse à Nation

Plaque installée en 2003 à l’entrée de la Bibliothèque Gaston-Miron au 66, rue Pergolèse

En 1993, les Services culturels de la Délégation rejoignent le 66, rue Pergolèse et la bibliothèque s’installe au rez-de-jardin, dans un bâtiment spécialement aménagé et équipé de rayonnages mobiles afin d’optimiser l’espace. Bien qu’elle soit toujours accessible au public, ses heures d’ouverture sont restreintes et l’endroit est trop exigu pour accueillir des événements culturels. Malgré tout, les lecteurs continuent de la fréquenter et sa collection demeure indispensable aux chercheurs et aux étudiants.
En juin 2003, la bibliothèque prend le nom de Gaston Miron. À cette occasion, l’artiste Michel Madore réalise un portrait très épuré où il donne à voir, en quelques traits, l’air jovial et rieur du poète. La plaque portant le nouveau nom de la bibliothèque est dévoilée par le délégué Clément Duhaime, en présence de la dernière compagne de Gaston Miron, Marie-Andrée Beaudet.
En 2012, afin de lui assurer une plus grande visibilité et d’accueillir le public dans de meilleures conditions, le gouvernement du Québec et la Sorbonne Nouvelle signent une convention afin que la Bibliothèque Gaston-Miron soit mise en dépôt à la bibliothèque universitaire sur le site Censier. Cette même année, Michel Goulet crée la chaise-poème me voici en moi qui est présentée de façon permanente dans la bibliothèque. Cette œuvre suggère l’engagement et les convictions de Gaston Miron.
En 2022, la Sorbonne Nouvelle emménage sur le campus Nation, conçu par l’architecte Christian de Portzamparc. Au sein de la Bibliothèque Sorbonne Nouvelle, la Bibliothèque Gaston-Miron bénéficie d’un lieu à la hauteur de son potentiel où sa collection n’a jamais été si bien mise en valeur.

 

 

Gaston Miron, poète et éditeur

Gaston MIRON, L’homme rapaillé, Montréal :
Les Presses de l’Université de Montréal, 1970.
Édition originale. 841.54 M6764h 1970

En 1953, Gaston Miron fonde les éditions de l’Hexagone avec cinq de ses amis dont Olivier Marchand avec qui il signe le tout premier livre de la maison, le recueil Deux sangs. Outre quelques publications éparses et une très riche correspondance, l’œuvre de Miron se résume principalement à L’homme rapaillé, célèbre recueil qui demeure à ce jour l’un des textes les plus emblématiques de la littérature québécoise. Initialement paru aux Presses de l’Université de Montréal en 1970, ce livre connaît de nombreuses rééditions au fil desquelles Gaston Miron n’a jamais cessé de retravailler le texte.
La renommée de Gaston Miron dépasse largement les frontières du Québec et, en 1981, il reçoit le prix Guillaume-Apollinaire. En juin 1984, la Maison de la poésie lui rend hommage et, lors de la première soirée, Miron lit De nouvelles rumeurs de poèmes dont on peut ici admirer une version manuscrite. En 1998, L’homme rapaillé est le premier recueil québécois à paraître dans la collection Poésie/Gallimard.
Ayant œuvré toute sa vie à la défense de la langue française et au rayonnement de la culture et de la littérature québécoises, Miron se lie d’amitié avec de nombreux auteurs et éditeurs. Son grand ami et collègue Jean Royer raconte cette vie consacrée aux lettres dans Voyage en Mironie. Dans l’Album Miron, Marie-André Beaudet s’appuie sur un grand nombre de documents d’archives pour retracer le parcours personnel et public de celui qui est considéré comme le poète national du Québec.
À son décès en décembre 1996, le gouvernement du Québec lui rend un dernier hommage en lui offrant des funérailles nationales.

 

 

Prix et distinctions

Antonine MAILLET, Pélagie-la-Charrette,
Paris : Grasset, 1979. MAILLET M221
Prix Goncourt 1979

Bien que l’institution littéraire québécoise soit pourvue de ses propres prix qui récompensent chaque année ses auteurs, les grands prix français demeurent une incomparable consécration. En 1947, le prix Femina est décerné à Gabrielle Roy pour Bonheur d’occasion. C’est la première fois qu’une autrice québécoise reçoit cet honneur. Anne Hébert obtient également ce prix en 1982 pour Les fous de Bassan. Quand l’Acadienne Antonine Maillet se voit remettre le prix Goncourt en 1979 pour Pélagie-la-Charrette, c’est un peu de l’« Acadie qui entre en France par la porte québécoise », comme elle le souligne dans sa dédicace à la Bibliothèque des services culturels de la Délégation. En 1966, Marie-Claire Blais est la première québécoise à recevoir le prix Médicis pour Une saison dans la vie d’Emmanuel. Lui succèdent Dany Laferrière en 2009 pour L’énigme du retour et Kevin Lambert en 2023 pour Que notre joie demeure.
Si ces prix assurent le rayonnement de la littérature québécoise, la reconnaissance par les institutions françaises prend aussi d’autres formes. En 2013, Dany Laferrière est élu à l’Académie française et, en 2024, la poète Hélène Dorion est la première autrice vivante inscrite au programme du baccalauréat de français avec son recueil Mes forêts qui sera lu par des milliers de jeunes partout en France.

 

 

La revue et l'essai, espaces de création et de réflexions

Parti pris, n°1, octobre 1963.
Non coté - Collection de périodiques

La Bibliothèque Gaston-Miron détient plus de 200 titres de périodiques dont une vingtaine en abonnement auprès de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).
La revue a toujours représenté un espace de réflexion et de création qui contribue à l’émancipation de la pensée et à la diffusion des idées. Dès 1918, Le Nigog (mot autochtone signifiant harpon) réunit des artistes qui revendiquent l’autonomie de l’art et de la pensée. En 1963, la revue Parti pris aborde la littérature comme le reflet d’un engagement politique. En parlant de littérature québécoise, et non plus de littérature canadienne-française, Parti pris affirme une identité en rupture avec la France et avec le Canada.
Créée en 1965, La Barre du jour est une revue littéraire d’avant-garde. Gravitant autour de la figure de la poète Nicole Brossard, cette revue cherche à stimuler la création littéraire et à transformer la réflexion sur la littérature. Elle devient La Nouvelle Barre du jour en 1977.
Le manifeste Refus global, paru en 1948, constitue l’un des textes précurseurs de la Révolution tranquille. Écrit par Paul-Émile Borduas et cosigné par une quinzaine d’artistes du mouvement Automatiste (Jean-Paul Riopelle, Françoise Sullivan, Marcel Barbeau…), ce texte, qui fait scandale, dénonce le climat d’oppression qui règne dans la société québécoise. Les revues et essais plus récents sont également le reflet des courants de pensée qui traversent la société actuelle. L’anthologie Fermaille rassemble des textes initialement publiés au moment des grèves étudiantes de 2012. Quant à Indiscipline ! de Myriam Suchet, directrice du Centre d’études québécoises de la Sorbonne Nouvelle, ce livre invite à reconsidérer la frontière entre réflexions et actions afin de réinventer nos façons de penser, d’agir, de créer.

 

 

La bande dessinée, le fanzine et l’édition artisanale

Walter SCOTT, Wendy, traduit de l’anglais
en français par Catherine Brunet.
Montréal : Mécanique générale, 2020.
ALB-BGM SCOTT Wen

La bande dessinée occupe une place de plus en plus importante dans la collection de la Bibliothèque Gaston-Miron et représente, toutes proportions gardées, l’un des rayons qui enregistre le plus grand nombre d’emprunts. Quelques ouvrages sont dédicacés et font le bonheur des lecteurs !
En 2022, l’exposition Pow Pow : Portrait de la bande dessinée au Québec est présentée en partenariat avec les éditions Pow Pow, une maison indépendante basée à Montréal. On y découvre une grande diversité de talents à travers le travail de quatorze bédéistes.
Si le secteur de la bande dessinée est particulièrement dynamique au Québec, le fanzine, quoique plus confidentiel et marginal, l’est tout autant. La scène du zine de Montréal d’Izabeau Legendre montre la créativité des fanzinistes et la diversité de leurs pratiques. Tirés à un faible nombre d’exemplaires et circulant dans des réseaux alternatifs, peu de fanzines trouvent leur place en bibliothèque. La Bibliothèque Gaston-Miron en conserve quelques-uns en Réserve, dont des ouvrages de Lucile de Pesloüan, autrice et fanziniste féministe et engagée. L’édition artisanale et le livre d’artiste offrent quant à eux de petits bijoux, à l’image de ce livre postal cousu à la main et signé Claude Beausoleil.

 

 

Préc. Suivant