Magnétisme

Au XVIIe siècle, sous l’inspiration de Paracelse, la médecine magnétique, représentée par Goclenius, Van Helmont, Fludd, Digby et bien d’autres, traite les blessures par arme blanche ou par balle selon le principe de l’action à distance, en appliquant à l’arme (et non à la blessure) un onguent fait, entre autres, du sang de la victime, censé transmettre ses vertus à celle-ci par « sympathie » et « magnétisme », une force impondérable présente partout dans la nature et opérant selon la double polarité de l’attraction et de la répulsion universelles. À la fin du XVIIIe siècle, Franz Mesmer (1734-1815), médecin à Vienne puis à Paris, postule que les maladies résultent de l’altération de la circulation d’un fluide reliant l’ensemble des éléments de l’univers. En 1784, deux commissions médicales françaises concluent à l’inexistence du fluide en question, attribuant les effets possibles du traitement à la seule imagination. Avec A. M. J. de Puységur (1750-1825), la « crise » mesmérienne cède le pas au « sommeil magnétique », dans lequel le patient manifeste censément une capacité surprenante d’autodiagnostic mais aussi d’inhabituelles facultés psychiques (clairvoyance, clairaudience, prédiction de l’avenir, etc.). Le magnétisme se partage alors en plusieurs courants. Les mesmériens, physicalistes et matérialistes ; les « psychofluidistes », pour qui la volonté de l’opérateur est première et qui estiment que le somnambulisme magnétique permet d’explorer les capacités de l’âme ; les spiritualistes, issus de l’illuminisme et souvent en rapport (comme Puységur) avec une branche mystique de la franc-maçonnerie lyonnaise ; les imaginationnistes, pour qui c’est l’imagination du patient seule qui provoque la guérison. En 1842, l’Académie de Médecine oppose une fin de non-recevoir définitive au magnétisme, qui se trouve ainsi durablement exclu de la sphère scientifique médicale. Les idées magnétiques essaiment cependant dans de nombreux domaines : politique, en raison des affinités idéologiques entre les milieux magnétiques et le libéralisme quarante-huitard; spirite et occultiste, de nombreuses médiums spirites étant d’anciennes somnambules et certains magnétiseurs identifiant plus ou moins explicitement leur pratique à la magie. Ces idées finissent également par ressurgir dans les milieux médicaux où l’hypnose, tout particulièrement sous l’influence de l’École de Nancy menée par Bernheim et Liébeault, reprend le flambeau du courant imaginationniste et influence en retour certains occultistes (St. de Guaïta, O. Wirth).

 

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85 - La guérison magnétique des blessures : une action à distance néoplatonicienne

Rudolph GÖCKEL, dit GOCLENIUS, Tractatus de magnetica curatione vulnerum. Francfort : P. Musculus et R. Pistorius, 1613. [8 T 1890 INV 4694]

Au XVIIe siècle, un débat sur la légitimité scientifique de l’« onguent des armes » (unguentum armarium) oppose des médecins et des théologiens. Des traités savants, comme cette œuvre de Goclenius (1572-1621), défendent cette cure magnétique, où un onguent fait (entre autres) du sang du blessé, de mousse recueillie sur un crâne de pendu et de « mumie » (chair morte), une fois étalé sur une arme ayant causé une blessure, est censé guérir la plaie à distance. Cette pratique issue de Paracelse repose sur la sympathie, appelée aussi magnétisme, un concept décrivant les interactions entre les éléments du monde grâce à l’ « esprit universel » (le spiritus mundi de Marsile Ficin).

86 – Van Helmont et la controverse sur la guérison magnétique

Jean ROBERTI, Curationis magneticae, & unguenti armarii magica impostura... Luxembourg, Hubert Reulandt, 1621. [8 T 1893 INV 4697 FA]

Le père jésuite Jean Roberti (1569-1651) entretient une féroce controverse avec Goclenius, lui-même calviniste. Goclenius explique la cure magnétique par la notion de « sympathie », force magnétique à l’œuvre dans la nature. Pour Roberti, cette cure (si elle est réelle) est manifestement surnaturelle. Vu les ingrédients, elle est due à l’action du démon. Jean-Baptiste Van Helmont (1579-1644) maintient alors que la force magnétique est naturelle : présente chez l’homme mais assoupie, elle peut être activée en lui par l’imagination, qui transmet au corps des forces incorporelles. Roberti réplique au médecin bruxellois et réclame des poursuites devant l’Inquisition.

87 – Le père Kircher : phénomènes naturels, magnétisme de l’amour

Athanasius KIRCHER, Magnes sive De arte magnetica opus tripartitum...Rome, Biagio Diversin et Zenobio Masotti, 1654. [FOL R 262 INV 270 FA]

Athanasius Kircher (1602-1680), jésuite allemand et savant « universel », passionné de phénomènes de toute nature, notamment magnétique et électrique, publie de nombreux traités magnifiquement illustrés et invente la lanterne magique et le microscope. Il explore ici les lois relatives au magnétisme, des phénomènes naturels à la guérison des maladies, en passant par le magnétisme de l’amour.

88 – Le Chevalier Digby et la poudre de sympathie

Kenelm DIGBY, Discours fait en une celebre assemblée par le chevalier Digby… touchant la guérison des playes par la poudre de sympathie... Paris, Augustin Courbé, 1658. [8 T 1902 INV 4708 RES]

Kenelm Digby (1603-1665), reprenant le thème de la guérison magnétique en la modifiant, présente la poudre de sympathie, qu’il attribue à Paracelse : c’est une préparation de vitriol (sulfate de cuivre ou de fer) pulvérisé et calciné ayant pour vertu de guérir à distance les plaies non mortelles. Sa philosophie naturelle d’une action non magique entre l’agent et le patient, ainsi que sa théorie des atomes du sang et du vitriol, provoquent la controverse sur son efficacité. Mme de Sévigné y est favorable.

89 – Une somme de toutes les œuvres de médecine magnétique

Theatrum sympatheticum auctum, exhibens varios auctores de pulvere sympathetico... De unguento vere armario... Nuremberg, J.A. Endter, 1662. [4 T 264 (3) INV 719 FA]

Ce « théâtre sympathique » (qui a connu plusieurs éditions) reflète le foisonnement de la médecine magnétique au XVIIe siècle. Il recueille les œuvres des principaux protagonistes : Rudolph Goclenius, Jean-Baptiste Van Helmont, Robert Fludd, Kenelm Digby, etc. L’être humain fait partie intégrante d’un univers décrit en termes de sympathie, c’est-à-dire d’interactions cachées entre macrocosme et microcosme, où circule une substance incorporelle souvent identifiée au spiritus mundi de Ficin.

90 – L’influence de la lune et du soleil sur le corps humain

Richard MEAD, De imperio solis ac lunae in corpora humana et morbis inde oriundis. Francfort, J. G. Garbe, 1763. [8 T 1061 INV 3100 FA]

Richard Mead (1673-1754), médecin anglais célèbre au XVIIIe siècle, affirme l’impact des astres sur l’être humain et sur les maladies : leurs mouvements produisent des flux dans l’atmosphère, qui affectent le fluide nerveux. Il applique le concept newtonien de gravitation aux théories astrologiques de la médecine de l’époque. Ses idées seront ensuite reprises par Mesmer dans sa thèse de doctorat en médecine.

91 – Mesmer et le mesmérisme, ou le magnétisme animal

Franz Anton MESMER, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. Paris : P. Fr. Didot le jeune, 1779. [8 T SUP 12504 RES (P.1)]

Franz Anton Mesmer (1734-1815) arrive de Vienne en 1778. Il rédige alors son Mémoire développant en 27 propositions sa théorie du magnétisme animal émanant des personnes. Les patients sont assis autour d’un baquet, empli de limaille de fer, et reliés par des cordes censées propager le fluide guérisseur du magnétisme. Ils font l’objet de passes par imposition des mains générant des « crises » supposément salutaires.

92 – Une réfutation du magnétisme animal

Michel-Augustin THOURET, Recherches et doutes sur le magnétisme animal. Paris, Prault, 1784. [DELTA 58444 FA]

Michel-Augustin Thouret (1749-1810), connu pour ses travaux sur l’électrothérapie, est un médecin contemporain de Mesmer. Il infirme les principes de la médecine magnétique du XVIIe siècle, ainsi que les théories et thérapies de Mesmer et de ses disciples (le magnétisme « moderne »). Il qualifie ces actes médicaux d’impostures, et attribue les guérisons au seul pouvoir de l’imagination.

93 – Le Rapport Bailly : l’interdiction officielle d’exercer le magnétisme animal

Rapport des commissaires chargés par le Roi, de l’examen du magnétisme animal. Imprimé par ordre du Roi. Paris, Imprimerie royale, 1784 [4 Z 1514 INV 1441]

Mesmer est très populaire malgré les caricatures et pamphlets de la Faculté de Médecine (Journal de médecine, Gazette de Santé). En 1784, le Rapport Bailly vient interdire aux médecins d’exercer le magnétisme animal. Signé par des sommités scientifiques, il s’oppose à la méthode curative par « attouchements » et « crises », supposément plus nuisibles qu’utiles. Après 1840, un regain ultérieur d’intérêt pour ce type de thérapeutique conduira certains praticiens hospitaliers du mesmérisme vers l’hypnose médicale et la psychanalyse.

94 – Le marquis de Puységur, un disciple infidèle de Mesmer ?

Armand Marie Jacques de CHASTENET, marquis de Puységur, Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du magnétisme animal. 1784. [DELTA 50793 FA (P.1)]

Puységur (1751-1825) adhère à la Société de l’Harmonie Universelle fondée par Mesmer à Paris en 1783 puis exerce à Buzancy (Aisne) l’année suivante. Lors des expériences de cure magnétique, il s’étonne que son patient Victor Race ne réagisse pas par des convulsions, conformément à ce que décrit Mesmer, mais qu’au contraire le calme l’envahisse tout en intensifiant l’acuité de ses perceptions psychiques. Puységur décrit dans ses Mémoires cet état de « somnambulisme provoqué », ou « sommeil magnétique », la lucidité augmentée du patient et la relation de bienveillance mutuelle qui s’instaure avec le thérapeute.

95 – Un personnage central dans la défense du magnétisme animal

Joseph-Philippe-François DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal, 2 Volumes. Paris, Belin-Leprieur, 1819. [DELTA 56633 (2) FA]

Le naturaliste Joseph-Philippe-François Deleuze (1753-1835) est un disciple de Puységur. Il dresse ici un inventaire détaillé, critique et visant à l’objectivité, des publications en faveur ou à l’encontre du magnétisme, argumentant contre les détracteurs et présentant les guérisons comme des preuves de la véracité, de l’efficacité et de la bienfaisance du magnétisme thérapeutique. Deleuze insiste également sur la nécessité d’une justification théorique de type naturaliste (et non spiritualiste) du magnétisme animal.

96 – Le baron Du Potet : la quête du psychisme

Jules DU POTET DE SENNEVOY, Manuel de l’étudiant magnétiseur. Paris, Félix Alcan, 1887. [8 R SUP 1289]

Le thérapeute Du Potet (1796-1881) est une figure marquante du magnétisme animal. Après avoir donné un enseignement public, il livre sa propre méthode expérimentale dans laquelle le corps est le conducteur du fluide magnétique, avant de la réfuter. Observant les phénomènes de lucidité dans les épisodes de somnambulisme, il évolue nettement de la thérapeutique vers les « sciences psychiques » et l’occultisme.

97 – Un psychiatre étudie les applications thérapeutiques du magnétisme

Étienne-Jean GEORGET, De la physiologie du système nerveux, et spécialement du cerveau, Volume I. Paris : J.-B. Baillière, 1821. [8 T 674 (6) INV 2394 FA]

Étienne-Jean Georget (1795-1828) joue un rôle dans l’introduction du magnétisme à l’hôpital. Il observe les phénomènes sensoriels, mentaux et musculaires survenant chez des patientes en état de somnambulisme magnétique. Il est convaincu de l’utilité d’étudier le magnétisme pour progresser dans la connaissance des maladies et découvrir de nouveaux traitements, même si la science ne parvient pas encore à l’expliquer.

98 – James Braid, un précurseur de l’hypnose médicale

James BRAID, Neurypnologie : traité du sommeil nerveux ou hypnotisme... Paris, Adrien Delahaye et Émile Lecrosnier, 1883. [8 T SUP 948]

Dans son traité sur l’hypnotisme (1843), le médecin anglais James Braid (1795-1860) oppose sa pratique au mesmérisme. Si Étienne de Cuvillers (1755-1841) crée le terme en le reliant au fluide magnétique, Braid est convaincu de la modification de l’état des centres cérébro-spinaux. Précurseur de l’hypnose médicale, il affirme son efficacité, notamment dans la diminution de la douleur lors d’opérations.

99 – Les visions d’une médium analysées comme le fruit de l’activité créatrice de l’inconscient

Théodore FLOURNOY, Étude sur un cas de somnambulisme [avec glossolalie] : des Indes à la planète Mars : le cas Hélène Smith : 1900. Paris, L’Harmattan, 2006. [8 R SUP 58674]

Théodore Flournoy (1854-1920), médecin, rend compte des séances de spiritisme d’une médium, Hélène Smith. Dans une glossolalie, elle croit communiquer avec des défunts et avec des habitants de la planète Mars. Flournoy, pionnier de la psychanalyse, interprète ses écrits et ses paroles comme l’activité de son inconscient créateur et de son imagination subconsciente comme lors des rêves ou du somnambulisme. Ce texte sera tenu en grande estime par les surréalistes.

100 – L’hypothèse d’une force émanant du monde

Karl Ludwig Friedrich REICHENBACH, Lettres odiques magnétiques. Paris, M. Cahagnet, Germer-Baillière, 1853. [DELTA 59548 FA]

Le chimiste Reichenbach (1788-1869) théorise le concept d’une force nommée « odique », ou OD, liée à la notion de polarité. En lien avec l’électricité, le magnétisme et la chaleur, rayonnée par divers éléments, l’OD n’est perceptible que par des personnes dotées d’une sensitivité hors norme. Les Lettres odiques visent à rendre compte des déductions des expériences menées sur des sensitifs et à démontrer l’existence de l’OD.

101 – Un périodique pour la transmission du magnétisme et du spiritualisme

Le Magnétiseur universel : recueil des progrès spiritualistes ou études sur les manifestations du spiritualisme moderne. Paris, 1869, n° 32. [4 AE SUP 345]

Parue entre 1864 et 1870, cette revue éclectique vise à échanger des connaissances et à former ses lecteurs au magnétisme. Imprégnée de spiritualité chrétienne et humaniste, elle témoigne d’une recherche d’universalité et de la vitalité intellectuelle du magnétisme. Des articles, des comptes rendus de réunions, des témoignages et un catéchisme du magnétisme côtoient des textes distrayants, tels que poèmes et chansons.

Document non numérisé

102 – Des lueurs émises par les agents de la nature

Hector DURVILLE, Le magnétisme considéré comme agent lumineux avec 13 figures dans le texte. Paris, Librairie du magnétisme, 1896. [BR 46511] 

Comme Reichenbach, le magnétiseur Hector Durville (1887-1963) étudie la polarité des agents magnétiques. Il croit que l’hypersensitivité, le somnambulisme et le magnétisme donnent la faculté de percevoir les effluves émanés de la plupart des corps. Il expérimente méthodiquement et observe avec finesse le phénomène de rayonnement de la lumière et de couleurs, en particulier grâce à des photographies de radiations.

103 – La bague toute-puissante

D’ARIANYS, Cours de toute-puissance et des phénomènes provoqués par la bague toute-puissante, bijou radio-actif : en XII leçons. Toulouse, Imprimerie spéciale de la « Toute-Puissante », [1906]. [8 R SUP 4939]

Dans cette brochure, Édouard Pons (1869-?), sous le pseudonyme indiqué, use du lexique, des procédés et de la visée thérapeutique du magnétisme animal à des fins mercantiles. Ainsi emploie-t-il les passes et l’hypnose en leur prêtant un « pouvoir personnel ». À ce pouvoir, il associe l’utilisation de la bague qui procure santé et fortune à son détenteur. En réaction, il essuie plusieurs procès pour charlatanisme.

104 – La puissance du regard

Clément GOH, Le magnétisme du regard : puissance et culture physique du regard, préparation au magnétisme, application dans la vie pratique du magnétisme du regard. Paris, Société des éditions Louis-Michaud, 1913. [BR 66381]

Cette courte brochure résume en quoi la puissance du regard s’envisage comme un véritable pouvoir catalysant l’équilibre social et la réalisation des désirs. En guise de mode d’emploi, elle expose la pratique d’exercices « yoguis » censée la développer. Par ailleurs, elle illustre censément le bon usage de ce pouvoir fluidique par la pratique du magnétisme animal.

105 – Le pouvoir de communiquer avec les esprits des personnes décédées

Justinus KERNER, La voyante de Prévorst, traduit de l’anglais en français par le Dr O. Dusart. Paris, Lucien Chamuel, 1900. [8 R SUP 3676]

En 1829, le médecin allemand Justinus Kerner (1786-1862) relate la cure magnétique de Frédérique Hauffe (1801-1829) avec qui les esprits communiqueraient. Plus de vingt ans avant les manifestations similaires chez les sœurs Fox et l’engouement consécutif pour le spiritisme, thématisé par Allan Kardec (Hyppolite Rivail, 1804-1869), il relate la communication des esprits par l’intermédiaire de sa patiente en lui prêtant un don de voyance, qu’il explique par la relation directe qu’elle entretiendrait avec le monde divin.